Capital Croissance
à 360°
LE MARCHE NE RECOMPENSE PLUS LES DISCOURS SUR L’IMPACT. IL ATTEND DESORMAIS DES PREUVES.
Il y a quelques années, l’investissement à impact semblait irrésistible. Les fonds levaient des centaines de millions d’euros autour du net zéro, de l’ESG et de la transformation des systèmes. Aujourd’hui, le paysage et le discours ont profondément évolué.
Dans cet échange, Louis Carle s’entretient avec Timothée Poulain, Partner chez Ternel, le fonds early stage tech à impact intégré à la plateforme d’e private equity d’investissement Capital Croissance.
Louis Carle : Il y a quelques années, l’investissement à impact se vendait avant tout par sa raison d’être. Aujourd’hui, les discussions portent davantage sur la performance, la souveraineté et la liquidité. L’impact a-t-il perdu la bataille du récit ?
Timothée Poulain : Je ne dirais pas que l’investissement à impact a perdu la bataille du récit, mais la conversation a clairement évolué sous l’effet des réalités économiques et politiques.
Aujourd’hui, les discussions dans les conseils d’administration sont beaucoup plus pragmatiques. Les questions sont simples : quel est le retour sur investissement ? Quels indicateurs suivons-nous ? Quelle valeur concrète cela crée-t-il ?
Le marché récompense désormais davantage la création de valeur que les discours sur l’impact. Le défi des investisseurs à impact n’est donc plus de convaincre que l’impact est important, mais de démontrer qu’il crée de la valeur.
Les échanges portent aujourd’hui de plus en plus sur les enjeux d’énergie, de santé ou encore de souveraineté. Au fond, les clients n’achètent pas un label ESG. Ils achètent une solution à un problème concret.
C’est précisément ce que nous observons dans les entreprises à impact que nous accompagnons depuis 2017. Chaque impact environnemental ou social doit se traduire par un résultat économique : une meilleure productivité, des marges plus solides, une efficacité opérationnelle accrue ou un avantage concurrentiel clair.
Nous restons en revanche prudents vis-à-vis des modèles économiques qui reposent principalement sur une promesse ESG, un contexte réglementaire favorable ou une supposée « prime verte ».
Ce qui nous intéresse, ce sont les entreprises où l’impact est intrinsèquement intégré au produit et apporte un bénéfice commercial évident au client. À l’inverse, lorsque l’impact se résume essentiellement à un argument marketing, ne représente qu’une part marginale de l’activité ou reste déconnecté de la réalité de la chaîne de valeur, il devient difficile de développer une véritable conviction d’investissement.
Au fond, l’impact ne peut plus être un simple « plus ». Il doit être au cœur même du modèle économique.